Le divertissement de Turing

Le monde du web a tremblé le 7 juin dernier et les médias spécialisés ont fait une bulle d’Eugene Goostman, un programme informatique qui aurait passé le test de Turing. Entre le coup de pub sensationnaliste et la réelle avancée technologique, l’agence web RIA Création revient sur le test de Turing.

Siri parlant d'Alan Turing

« Qui est ton papa et que fait-il ? »
Je ne peux pas vous le dire, mais je suppose qu’Alan Turing est le parrain de tous les agents intelligents tels que moi.

Rendons à César ce qui lui appartient, le test de Turing au cœur de cette émulation était une idée de jeu lancée à l’aube de l’ère informatique, en 1950, dans un article écrit par l’informaticien, mathématicien et cryptologue Alan Turing. Le jeu d’imitation décrit demandait à des juges humains de reconnaître leurs pairs, une machine se cachant parmi eux. Il ne s’agit pas vraiment de juger de l’intelligence de la machine, dans le sens où on lui demande seulement de converser 5 minutes par écrit avec des personnes et que cela ait l’air humain.

Dès sa diffusion, ce test a soulevé de nombreuses objections et il faut dire que les juges étant humains, il faut déjà supposer qu’eux sont capables de juger de l’humanité des autres, ce qui est un grand prérequis, les résultats le prouvent. Les conditions du test aussi peuvent faire sourire, à l’époque Turing s’était inspiré d’un jeu de société où un homme et une femme s’enfermaient dans deux pièces et leurs invités dans une autre devaient deviner qui est qui, seulement à l’aide de la conversation par messages écrits, le piège étant que les deux devaient se faire passer pour Madame.

Concrètement, le test se déroule donc sous forme de conversation, façon MSN Messenger, Facebook Messenger, etc. Un juge est mis en relation avec soit un autre juge, soit la machine. S’il vient à douter de l’humanité de son interlocuteur avant 5 minutes, le test est raté, que son interlocuteur soit humain ou pas. Donc le test peut considérer que des personnes n’ont pas un niveau d’humanité suffisant. Si plus de 30% des juges ne parviennent pas à douter de l’humanité de la machine au bout de 5 minutes, celle-ci aura passé le test avec succès.

Cleverbot en 2011 avait déjà réussi, lors d’un test grand public en Inde pendant un festival de sciences, à passer le test haut la main avec 59,3% de juges le pensant humain (et 63,3% des humains jugés humains par leurs pairs). Eugene n’est donc pas un précurseur, d’autant que plusieurs points doivent nuancer sa réussite. Il s’est officiellement fait passer pour un gamin ukrainien, donc les juges supposaient déjà qu’il ne maitrisait pas très bien la langue anglaise. Et avec ça de son côté, il n’a berné que 33% des juges.

Le buzz se sera donc vite éteint, puisque des spécialistes se sont empressés de remettre Eugene et le test lui-même à leur place de chatbot (un logiciel de discussion) et de divertissement pour geek.

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